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dimanche, 14 mai 2006

LA TURQUIE EST-ELLE EUROPÉENNE?

Lors du café politique du 6 Mai 2006, à Marseille, la Fédération Royaliste Provençale invitait Mlle Annie LAURENT, docteur en Sciences politiques et spécialiste des chrétiens d’orient, à parler de l’Europe malade de la Turquie. Le sujet ne fait plus la une des journaux, mais il est d’une actualité réelle : depuis octobre dernier, l’UE négocie avec la Turquie son adhésion.
Rappelant le processus d’adhésion et ses paradoxes, Mlle LAURENT a souligné les relations ambivalentes entre la construction européenne et la Turquie depuis les années 1960.


La Turquie a été officiellement associée à la CEE en 1963. Elle n’est en fait officiellement candidate que depuis 2002. La question turque met en avant les positions politiques de différents acteurs au sujet de l’Europe : les Etats-Unis poussent son entrée dans l’Union pour confondre l’UE et l’OTAN et affaiblir alors l’Europe par l’entrée du pays ; en Europe, il existe une division entre ceux qui conçoivent l’UE comme une vaste union commerciale et qui poussent l’entrée turque et ceux qui pensent une Europe civilisationnelle. Parmi eux, VGE s’est affirmé clairement contre le projet d’adhésion et explique que les dirigeants européens sont souvent contre en privé mais pour en public. Cependant, étant président de la commission du projet constitutionnel, il n’a jamais essayé d’imposer des frontières à l’Europe ni s’est battu pour l’affirmation de l’héritage chrétien.
Ainsi, en 2005, rien ne s’est opposé à l’ouverture des négociations d’adhésion et le résultat semble déjà acquis : quand bien même l’UE a posé des conditions assez strictes à la Turquie, elle affirme aussi que « l’objectif partagé des négociations est l’adhésion » ! Quant a la Turquie elle-même, qui par une réelle fierté nationale n’envisage pas de recul, elle n’est pas européenne, mais elle “a toujours désiré l’Europe avec passion, comme un homme désire une femme (...) La Turquie n’est pas européenne. Mais elle s’est toujours voulue européenne” (Jean-Paul ROUX). Quelle serait sa réaction en cas de refus ?
L’histoire, la géographie, la culture et la religion sont toujours convoquées pour servir de critères à l’appartenance européenne de la Turquie. Quelles lignes de faîte en dégager ?
Géographiquement, la Turquie, n’ayant que 3% de son territoire en Europe, se confond presque entièrement avec l’Anatolie. Il est nécessaire de rappeler qu’elle s’inscrit dans le domaine turcophone de l’Asie centrale.
Son histoire la montre présente en Europe, mais toujours comme puissance coloniale ! Ses conquêtes se sont faites entre le XIV° et le XVII° siècle, et cela a en partie forgé l’Europe… avec la Turquie comme butoir ! Mlle LAURENT précise que l’alliance Soliman-François Ier a été de courte durée et a même permis la protection des chrétiens dans l’Empire ottoman, selon l’exigence du traité de 1536 signé par le roi français. De même, Au XIX° siècle, la Turquie est dans le concert européen mais sous tutelle des nations européennes et vue comme « l’homme malade de l’Europe ».
La situation religieuse en Turquie suscite la perplexité. Depuis Moustafa Kemal, la Turquie affiche une volonté d’imitation de la civilisation occidentale, notamment sur la laïcité. La laïcité turque est différente de la conception française: elle place la religion sous la tutelle de l’Etat. Aujourd’hui, les juifs et les chrétiens y sont victimes de spoliations et de perte de droits; plusieurs communautés chrétiennes n’ont pas de personnalité juridique. En conséquence les chrétiens y sont de moins en moins nombreux depuis le début de la laïcité (900.000 en 1927, moins de 70.000 aujourd’hui)! Alors que l’aspect religieux a disparu du discours géopolitique de nos dirigeants, la réislamisation de la Turquie est une réalité actuelle qui doit entrer en considération lorsqu’on parle de ce pays.

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