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jeudi, 25 mai 2006

LE POLITIQUEMENT MORAL

Jeudi 18 mai, les députés ont encore une fois montré un piteux visage de la démocratie. Il devaient discuter de la proposition de loi réprimant la négation du génocide arménien. Droite et gauche ont fait traîner et il n’y a pas eu de temps disponible pour voter. Les députés se sont moqués des promesses faites à la communauté arménienne.
Mais aucun parlementaire n’a osé dire que, s’il est tout à fait juste de se souvenir des souffrances endurées par les Arméniens, il est stupide et dangereux de vouloir systématiquement punir tous ceux qui ne pensent pas selon la pensée officielle.

Il est donc rafraîchissant de lire dans “La Provence” du 19 mai l’opinion du philosophe Jean-François MATTEI:


"Une fois de plus, le Parlement sort de son rôle"

Professeur de philosophie politique à l'université de Nice-Sophia Antipolis, Jean-François Mattéi estime qu'il ''n'appartient pas au Parlement de se prononcer sur des faits historiques qui remontent à plus d'un siècle. Quelle que soit la sympathie que l'on éprouve pour la communauté arménienne, il me semble absurde, précise-t-il, de légiférer autour d'un crime commis sur des personnes qui n'étaient pas encore françaises. Cela n'a pas de sens sur le plan juridique. C'est comme si les députés se mêlaient de la destruction de Carthage par les Romains."
Alors que la droite avait été vivement critiquée après le vote de la loi sur les effets positifs de la colonisation, les mêmes reproches peuvent s'adresser aujourd'hui au PS. "Les députés se mêlent à nouveau de questions historiques pour lesquelles ils n'ont pas de compétence alors même que les historiens discutent encore, non pas sur les faits, mais sur les intentions qui ont conduit à ce génocide", souligne Jean-François Mattéi.
L'universitaire s'inquiète, par ailleurs, du "peu d'intérêt que la classe politique porte aux problèmes qui concernent vraiment les Français au moment où le pays traverse une crise de régime sans précédent depuis 1958 et une crise économique et sociale". Et de conclure: "Qu'ils soient de droite ou de gauche, les élus essaient de se donner bonne conscience en surfant sur la vague du politiquement moral alors qu'ils devraient s'atteler aux problèmes qui sont les nôtres: crise des banlieues, faible croissance... Les politiques donnent le sentiment de n'agir qu'à des fins électoralistes, discréditant la loi. C'est grave pour la République. "
Propos recueillis par Dominique ARNOULT
Jean-François Mattei est le coauteur avec Raphaël Draï de "La République brûle-t-elle ?", éditions Michalon 200 pages 17 €.

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