Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

samedi, 01 juillet 2006

FRONT POPULAIRE: UNE COMMÉMORATION À RISQUE

Ces temps-ci, les média se complaisent à célébrer sur un mode idyllique les 70 ans du Front Populaire alors même qu’il ne doit plus rester grand monde à en avoir gardé un souvenir précis. Mais - n’est-ce pas ? - il est doux de ressusciter les images et l’atmosphère euphorique d’évènements qui ont paru heureux. A l’été 1936, l’on danse dans les faubourgs, l’on chante au bord de la Marne, les beaux dimanches. Et il y aura bientôt les congés payés, les plages envahies du mois d’août, et tant d’autres conquêtes sociales qui, aujourd’hui encore, font se pâmer d’extase les chroniqueurs de France Inter, naturellement si intelligents, si bons et si moraux. Car, de surcroît, la France de 1936 est pacifique. Elle est même pacifiste. Qui pourrait la détourner du bonheur qu’elle s’est donné ?
medium_FP.jpg


 Ce que ne disent pas les chroniqueurs de France inter ni d’ailleurs c’est que trois ans plus tard commençait la seconde guerre mondiale, que la France l’avait perdue d’avance, que ce fut la plus grande défaite de son histoire, qu’elle faillit y perdre son existence et qu’elle ne s’en est jamais relevée.

Faut-il croire qu’entre les deux évènements que nous venons de rappeler il n’y a aucun lien de cause à effet ? Faut-il croire qu’il est indifférent et sans conséquence que la France se divise, se désarme, se complaise à toutes les illusions et à toutes les facilités, tandis que l’Allemagne, son voisin et adversaire de la toute proche première guerre, travaille, se rassemble, se reconstruit et s’arme ? Croit-on qu’en laissant se creuser un tel différentiel, la France n’ait pas de responsabilité dans le déclenchement de la guerre ? Croit-on que, ce faisant, elle n’a pas fait pleuvoir sur elle les malheurs qui l’ont frappée ? Qui, dans la vie, est exempt des risques que lui font courir ses inconséquences et sa légèreté ?

L’on ferait bien d’y réfléchir plutôt que de célébrer des anniversaires empoisonnés. Car la France d’aujourd’hui qui laisse s’effondrer ses institutions sociales les plus fondamentales, qui tolère et même qui provoque la montée des communautarismes agressifs, qui livre sa population à l’insécurité et ouvre son sol à tous les vents migratoires, qui n’a bientôt plus d’école et plus de loi, qui laisse l’ignorance se répandre et sacrifie sa jeunesse à tous les fantasmes, qui, pour couronner le tout, n’a bientôt plus d’Etat, s’expose à des dangers qui seront sans aucun doute différents de ceux qu’elle a si légèrement courus entre 1936 et 1946. Mais on ne peut pas être sûrs qu’ils ne soient pas un jour ou l’autre aussi graves ni aussi réels.

Ce qui comptera ce jour-là comme toujours ce ne seront plus ni les foules, ni les slogans, ni les débats, ni le PAF, ni les journalistes, ni les sondages, ni le parlement, ni même les élections, mais une poignée d’hommes qui auront un minimum de clairvoyance, de sagesse et, finalement, de courage.

Les commentaires sont fermés.