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dimanche, 14 janvier 2007

UNE INTELLIGENCE NEUVE DE LA POLITIQUE

“POLITIQUE MAGAZINE” n’a pas d’équivalent dans le paysage médiatique français.
C’est un magazine mensuel d’information et de réflexion qui affiche résolument sa franchise de ton et son attachement aux libertés publiques. Il n’est dépendant d’aucune mode, d’aucune volonté partisane ou idéologique. Il ne faut pas chercher dans ses pages des invectives contre tel ou tel. On y trouve des éléments pour débattre des vrais enjeux français. L’équipe de “POLITIQUE MAGAZINE” croit que la France procède d’une réalité charnelle autant que spirituelle et qu’elle s’incarne mieux dans un principe immuable que dans les aléas des compétitions politiciennes.
Pour plus de renseignements, allez sur son site: www.politiquemagazine.fr
Les grandes qualités de “POLITIQUE MAGAZINE” se retrouvent dans son numéro de janvier.
Le dossier de couverture annonce "Education, mission impossible". Le ministre Gilles de ROBIEN peut avoir les meilleures intentions du monde pour sortir le système éducatif de l'ornière, Hilaire de CRÉMIERS montre que tout peut être remis en cause à la prochaine élection et qu'il faut aller à la racine du mal. Cet article est disponible ci-dessous.
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Le numéro: 6 euros. Abonnement normal: 58 euros. Abonnement étudiant: 29 euros.
Spécimen gratuit par simple demande à la FRP: fedroyprov@club-internet.fr


L’ANALYSE de Hilaire de CRÉMIERS:

EDUCATION, mission impossible


Les familles françaises, et les plus perspicaces depuis déjà longtemps, se sont aperçues que l'Éducation nationale ne remplissait plus ou remplissait mal sa fonction théorique: elle n'éduquait plus; pire, elle n'instruisait plus. Ce n'était pas tant dû au corps enseignant qui, comme tout corps de ce genre, avait ses forces et ses faiblesses. La cause en était dans les directives et les orientations prises depuis des années par des esprits sectaires et totalitaires: années d'une idéologie de combat, ces hommes qui opèrent toujours dans l’ombre et sans aucun scrupule, pour repaître leur envie de domination, se sont approprié le pouvoir en matière d'éducation et d'instruction, sous couvert de pédagogie, au sein même du ministère, dans les différentes directions, dans les institutions éducatives, notamment de formation des maîtres, et dans la plupart des syndicats tenus par des affidés.


Ce phénomène peut se retrouver sous tous les cieux, tant la domination intellectuelle est un des aspects profondément humain de la libido dominandi! La prétention de libérer l'esprit peut ainsi s'accompagner de tentatives fort concrètes d'asservissement à des doctrines qui justifient des manières de penser et d'agir qu'il s'agit d'imposer. Terrible habileté, non moins terrible responsabilité! Paul Bourget dans “Le disciple” en avait déjà, dès l'aube du XXe siècle, explique les méfaits.

le totalitarisme éducatif
En France, cette prise de pouvoir a revêtu historiquement un aspect singulier qui en fait un modèle du genre dont tous les pays totalitaires se sont ensuite inspirés. Prise de pouvoir, - il faut bien insister sur ce terme pour comprendre le phénomène -, en réalité déjà ancienne et qui, si on l' analyse crûment, trouve son origine dans l'origine même du ministère chargé de la fonction d'éducation et d'instruction, si intimement lié en France à la naissance et à l'établissement de la République. Entendons-nous: la République conçue, non seulement comme mode de gouvernement, mais aussi et surtout comme idéal de pensée et comme modèle de conduite. Tout l'art a consisté dans des circonstances historiques déterminées à faire croire au peuple “souverain” que c'était Ia République qui, comme une bonne mère qu'elle était, avait inventé tout bonnement l'enseignement, tout l’enseignement, ce qui est évidemment, pour qui connaît un tant soit peu l'histoire, radicalement faux. Ce qui est vrai, c'est que l'institution républicaine a su habilement récupérer à son usage ce qui existait et qui prospérait déjà et depuis fort longtemps, car l'enseignement en France a une longue histoire: elle a fait de l'affaire éducative son affaire et elle en a systématisé l'utilisation à son profit, en allant jusqu'à rendre impossible la concurrence, jusqu'à priver de leurs droits des citoyens honnêtes qui se dévouaient aux taches éducatives, jusqu'à se servir des deniers publics à son exclusif usage et jusqu'à faire main basse sur les immeubles et les propriétés des autres selon son habitude.
Ces gens, en vérité « ses gens» a elle, sa cléricature, ceux qui vivaient d' elle, pour elle, par elle et en elle, ont pu s' arroger ainsi, comme une mission par nature incontestable et incontestée, le droit et le devoir de façonner la pensée des autres, singulièrement des petits Français, et, leur dogmatisme étant universel, ils ont même imaginé de façonner selon leur rêve le monde entier. Plus concrètement, en France, il s'agissait de fabriquer des électeurs, de leur insuffler dès le plus jeune âge la doctrine unique et obligatoire qui en ferait des fidèles du système, votant toujours, et en apparence librement, dans “le bon” sens. On érigeait ainsi, au-dessus de tous et de tout, comme règle fixe, intangible et non soumise à l'esprit critique, une religion ou, si l'on préfère, une contre religion qui dissimulait son nom sous l'habit de lumière de la libre pensée ou sous le masque austère d'une vertu citoyenne, pensée et vertu qui ne pouvaient, comme il était prévisible, que dégénérer en régime de totalitarisme intellectuel d'une part et en dévergondage spirituel et moral d'autre part. Les hussards noirs de la République qu'il est de bon ton de regretter aujourd'hui, ne furent que les instruments - instruments dûment instrumentalisés - nécessaires a l'établissement du système dans sa phase préliminaire. Ces instituteurs zélés et sans malice n'étaient dans tout le déploiement de leurs efforts et de leurs capacités que les serviteurs dociles d'une coterie politicienne qui avait su prendre en France le pouvoir politique et - il faut l'ajouter à l'encontre de tout ce qui se dit - le pouvoir spirituel, c'est-à-dire la direction des esprits. Ces deux pouvoirs pris, ils entendaient bien les garder.
Ainsi est née, au service d'une caste, la bien-pensance officielle, ce que l'on appelle à juste titre la pensée unique que Jean Sevillia dans ses ouvrages a si bien décortiquée, le politiquement correct, l'historiquement correct, le moralement correct, que chacun - c'est amusant - dénonce à qui mieux mieux, tout en se coulant dans les mêmes normes. Car encore faudrait-il en repérer la provenance et en soupçonner Ia sournoise utilisation, l'hypocrite proclamation. Il n'est que d'écouter un discours politicien ordinaire tombé de quelque bouche auguste d'un des hauts magistrats de l'Etat républicain pour saisir la monstrueuse connivence qui existe dans l'ensemble du système, du haut en bas de l'échelle, où l'autorité se justifie en s' appuyant sur des arguments qui, par autorité, sont imposés dans toute formation comme les seules normes valides. N'importe quel logicien est en droit de sourire de pareils procédés. II nous faudrait quelque Molière ou quelque Voltaire nouveau pour en souligner le ridicule.

Histoire d'une décadence

Ainsi fut fait dès la Ière République et continué sous le César qu'elle a enfanté, ainsi encore plus sous la IIIème République, qui s'en est fait une gloire ; puis, de manière tout aussi énergique et de plus en plus avancée, avec la IVéme République dans l'ambiance créée par le fameux plan Langevin-Wallon, matrice de toutes les réformes subséquentes, et qui ne visait à rien d'autre qu'à progressivement banaliser, égaliser, uniformiser, disperser, anéantir toute forme véritable d'enseignement pour promouvoir l'idéologie de Ia soviétisation massifiante et de l'anarchie socialisante dont sont issues toutes les sottises pédagogiques qui ont triomphé par la suite; enfin sous la Véme République qui a délibérément laissé l'Éducation et la Culture aux idéologues de gauche dont les esprits enivrés de conquêtes n'ont cessé de concocter projet sur projet tant scolaire qu'universitaire dont les réformes Edgar Faure et Haby, entre autres, ne manifestaient que trop l'esprit destructeur de toute vraie tradition d'éducation et d'enseignement, tout simplement de savoir-vivre et de politesse: égalitarisme barbare, uniformisation et éparpillement, c'étaient les mots d'ordre.
Seulement aujourd'hui les résultats sont là. Accablants. Tant que la République chaussa les bottes des habitudes françaises de culture et d'enseignement, tant qu'elle profita des méthodes éprouvées de la haute civilisation dans laquelle elle s'insérait, et, pour tout dire d'un mot, tant que le Iycée copia en formule laïque le collège des Jésuites, tout sembla se passer correctement et elle put se vanter de résultats qui, en réalité, ne lui appartenaient pas. Son vrai visage d'enseignante se découvrit peu à peu quand son idéologie s'imposa dans les méthodes qu'elle édicta de manière contraignante au corps enseignant, aux familles et aux élèves, aux directeurs d'établissement, sans jamais, d'ailleurs, les avoir vraiment consultés. Des réformes incessantes, à peu près une par an, d'innombrables rapports de non moins innombrables commissions, des consultations populaires qui sont censées ouvrir de grands débats et qui ne servent à rien, la constitution d'observatoires, d'agences, de comités comme sait en créer à tout bout de champ la Véme décadente, rien n'y fait.
Maintenant, la dégradation est patente; elle s'aggrave d'année en année. Les ministres qui veulent réagir succombent les uns après les autres, quelle que soit leur tendance. Ceux qui font florès, se livrent à la démagogie et enfoncent le système dans sa perversion. Et, de toute façon, ils se succèdent les uns aux autres comme les réformes. Les chiffres apportent leur leçon par eux-mêmes ; ils sont l'expression d'un bilan: 15 % des élèves de 6° sont quasi illettrés, un petit tiers des écoliers possèdent vraiment les savoirs fondamentaux de leur niveau, un petit quart pour les collégiens. Ce qui n' empêche pas que la règle a été fixée de donner le baccalauréat à plus de 80 % de ceux qui se présentent.
Les facultés sont encombrées d'étudiants qui ne savent que faire et qui s'entassent dans des filières sans qualification véritable et donc sans débouchés, tandis que les domaines scientifiques et même littéraires, mais surtout les domaines techniques et professionnels sont loin d'avoir leur nombre suffisant. Tout cela est absurde. 4 étudiants sur 10, soit presque la moitié, sortent du système universitaire sans diplôme réellement qualifiant. Ils pointent à l'ANPE pendant des années. Le refus systématique, par idéologie, de toute sélection, de toute orientation intelligente crée des situations qu'il n'est plus possible de régler et qui causent des ravages psychologiques et sociologiques d'une gravité incommensurable: la société en est malade. A quoi s'ajoutent 1a violence scolaire qui devient une pandémie, l'irrépressible communautarisme dont 1a création des ZEP est la traduction juridique, une lèpre qui gagne peu à peu tout le paysage scolaire. Le malaise des professeurs tourne au désarroi.

La liberté à retrouver

Et pourtant il est des endroits où ça marche. Partout où, pour une raison au pour une autre, on n'applique pas les stupides directives. C'est ainsi que les Grandes Écoles, entre autres, peuvent échapper au massacre et tous les établissements, les facultés, les universités où la loi du bon sens l'emporte sur l'idéologie malfaisante. C'est si clair aujourd'hui qu'il n'est personne d'un peu averti qui n'en convienne. Et c'est heureux, car c'est un grand pas en avant. Les dénonciations indignées n'hésitent plus à se manifester devant cet immense gâchis dans la presse, même de gauche, dans des livres, par des pétitions, des associations, des fondations. Tant mieux, c'est le commencement de la sagesse : il faut s'en féliciter.
Le ministre en exercice Gilles de Robien a parfaitement entendu, vu et compris cette détresse. II veut y porter remède comme avait commence à le faire son prédécesseur François Fillon. II s'attaque à la racine du mal; il commence par le commencement: apprendre aux plus petits à lire et donc à “bien” lire, à écrire et donc à “bien” écrire, à compter et donc à “bien” compter. Le mot “bien” est important: iI commande des méthodes d'apprentissage naturel ; on le sait aujourd'hui que des générations ont été sacrifiées aux méthodes de la pseudo-modernité. La bagarre sur les manuels de lecture prouve l'importance de l'enjeu. Ensuite il s'agit d'enseigner les savoirs élémentaires et indispensables qui permettent de comprendre, de juger, bref de former l'esprit, socle commun, qui ne s'acquiert pas n'importe comment puisqu'il suppose une transmission. Le ministre n' a pas hésité à s'attaquer aussi aux Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) pour les ramener à la réalité scolaire.
Mais il faut aller plus loin. Parler des vraies libertés, des vraies autonomies, de l'utilité ou de la non-utilité du bac, de l'orientation, de l' organisation professionnelle et décentralisée, d'universités de haut niveau dotées de vrais moyens. On comprend que Gilles de Robien qui se donne du mal en ouvrant toutes sortes de “chantiers” que personne n'avait trop osé aborder avant lui, soit agacé par les paroles en l'air des candidats à la présidentielle qui affichent des programmes comme si le ministre en charge n'existait pas. Mais n'est-ce pas la loi de l'électoralisme? Et puis, dans six mois, Gilles de Robien sera-t-il encore ministre de l'Éducation nationale ?
Au fond le vrai problème n'est-il pas là? Et si tout ce qu'il a entrepris et qui a l' assentiment d'une grande majorité, était remis en cause? Grave question. Autant dire qu'elle est politique. Et qui débouche sur une autre plus métaphysique mais qu'il faut poser dans toute sa force : est-ce vraiment à l'Etat d'éduquer? Et même d'instruire ? Le métier d'enseignant est trop noble pour être réduit à la condition de simple fonctionnariat au service d'un État prépotent, totalitaire dans ses principes et qui a fait de l'enseignement “son armée rouge” au service de “sa cause”. Sa cause étant, dès maintenant et quoi qu'il arrive, perdue, la pauvre et innombrable armée est également perdue. Pour la sauver, il n'est pas douteux qu'il lui faut trouver une autre légitimité .

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