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mardi, 20 mars 2007

LA RÉALITÉ DE L’AFFAIRE EADS

L’annonce de difficultés et d’un plan de restructuration chez le constructeur d’Airbus a entraîné les candidats à l’élection présidentielle à dire n’importe quoi. Cette question est à étudier en prenant de la hauteur par rapport à la frénésie électorale.
P. L., cadre à l'usine Eurocopter de Marignane, a bien voulu répondre aux questions de la F.R.P. sur la crise d'EADS.

D'où vient la crise d'EADS? De la mondialisation?
P. L. : Non , car c'est surtout un problème de compétitivité dans la lutte du duopole EADS-Boeing.
Boeing a su profiter d'un environnement favorable aux Etats-Unis où la recherche-développement est soutenue par l'Etat et où la croissance est plus forte qu'en Europe. medium_gallois.jpg
Surtout, il y a la parité euro-dollar. Le marché aéronautique se traite en dollar. Avec une parité de 1,30$ pour 1€, toutes choses égales par ailleurs, EADS doit dégager 30% de gains de productivité en plus pour compenser un tel différentiel et assurer la compétitivité de ses produits.


En fait, EADS est confrontée à une multitude de problèmes spécifiques :
1) Lourdeurs dans la gouvernance
-Les États actionnaires (français et allemand en particulier), ne sont pas des actionnaires ordinaires qui prennent leurs décisions par rapport aux seuls critères économiques. Bien que minoritaires en capital, ils disposent d’une action à pouvoir spécifique appelée « golden share », qui leur permet d’exercer un droit de veto sur des décisions prises par le conseil d’administration. Leur légalité est actuellement mise en cause par la Commission européenne.
-L’entreprise est bicéphale au niveau le plus élevé de son management, ce qui nécessite de prendre les décisions à deux. D’autre part la répartition des postes de commandement étant statutaire, les États veillent jalousement à ce que leurs représentants soient correctement pourvus, fut-ce au détriment de l’efficacité.
2) Lourdeurs réglementaires et administratives françaises
Face à son concurrent, EADS n’a pas les mêmes possibilités de faire coïncider ses besoins de main d’œuvre et son carnet de commande.
3) Réglementation européenne
 Il n’existe pas de droit européen des sociétés (cf. la co-gérance)

Que veut faire Louis Gallois? Peut-il réussir?
P. L. : 1) "Power 8" est un plan de restructuration classique, comme Boeing en a déjà connu plusieurs. Il arrive un peu tard à cause de la valse des dirigeants que EADS a subi depuis juin 2006. Il doit permettre de faire des économies et de rationaliser le fonctionnement du groupe.
2) EADS possède des atouts importants. Il est le premier producteur mondial d'hélicoptères et de missiles tactiques et il n'a pas de problème de recapitalisation avant deux ans. Si la crise actuelle est accentuée par le désir de Daimler-Chrysler et de Lagardère de se retirer du capital, il n'est pas douteux que d'autres actionnaires les remplaceraient facilement.
3) Ce plan doit être réalisé avec les personnels. Les syndicats ne doivent pas casser leur outil de travail. Mais Louis GALLOIS a déjà montré, dans les postes qu'il a occupé à l'Aérospatiale et à la SNCF, sa capacité de dialogue. Il faut remarquer qu'il n'est pas prévu de licenciement sec. medium_manif_airbus.jpg
4) Il faut surtout faire attention au niveau politique. Un gouvernement français en bout de course ne peut avoir beaucoup de réaction face à un gouvernement allemand dynamique. Il faut surtout se méfier de la démagogie des candidats à l'élection présidentielle qui, et c'est habituel en régime républicain, peuvent être amenés à promettre n'importe quoi et à susciter de faux espoirs.

Mais que doit faire l'Etat?
P. L.
: Surtout, ne pas vouloir en faire trop! A noter que les principaux candidats ont plaidé, à l’exception de Jean-Marie Le Pen, en faveur d’un rôle accru de l’État, ce qui ne va certainement pas dans le bon sens.
N'insistons pas sur la suggestion de Mme Royal de faire entrer les régions dans le capital de la société, à l'exemple de certains lander. D'abord, ces régions allemandes ne représentent que 2% des actions. Ensuite, cela entraînerait un alourdissement des impôts locaux, qui ont déjà bien augmenté. Ensuite, la loi interdit aux collectivités territoriales d'avoir des parts dans des sociétés privées. Il faudrait d'abord changer la loi.
L'État n'a pas vocation à contrôler toute l'économie. Il doit placer des garde-fous et préserver les intérêts nationaux et l'outil industriel. Il doit rappeler que l'économie doit être au service des personnes. Est-ce possible dans le système actuel?

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