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vendredi, 13 avril 2007

IDENTITÉ: FAUT-IL UN MINISTÈRE?

Alors que les “experts” attendaient des débats sur les questions économiques, la question de l’identité nationale s’est imposée dans la campagne électorale. Hilaire de CRÉMIERS analyse cette question vitale dans le numéro d’avril de “POLITIQUE MAGAZINE”. Le texte est accessible ci-dessous.
A noter dans ce même “POLITIQUE MAGAZINE”, le compte-rendu du récent voyage du Prince Jean, duc de VENDÔME, en Pologne, et l’entretien de Benoît GOUSSEAU avec Basile DE KOCH.
Un exemplaire de ce numéro peut être commandé à: FRP (30 rue Thérésa, 13007 Marseille), accompagné d’un chèque de 6 euros (à l’ordre de la FRP).

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L’ANALYSE DE HILAIRE DE CRÉMIERS
L'identité nationale n'est pas une question administrative, c'est une question vitale. Y aura-t-il un ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale ? La question est devenue la grande question politique du moment. Et chacun de donner son avis.
En revanche, personne ne s'avise de dire pourquoi et comment le candidat Nicolas Sarkozy en est venu a émettre pareille idée dans son programme présidentiel. Lui-même ne l'a pas dit franchement.
Nicolas Sarkozy a posé le problème incontestablement : “Qu'est-ce que c'est, la France ? Et qu'est-ce que c'est, d’être Français ? Il y a une identité nationale qui n'est pas réductible à une ethnie. C'est choquant ? Je dis que les immigrés qui vont nous rejoindre doivent adhérer a cette identité nationale ... On a le droit d'aimer la France, on a le droit de la respecter. Et de vouloir qu'on l'aime et la respecte”, a-t-il déclaré le 11 mars sur Canal +.
Ce langage est trop amphigourique : il évite la question de fond et demande à être précisé.


L’IDENTITÉ, PERMANENCE DANS L’ÊTRE
Il y a, c'est dit et bien dit, une identité nationale, une identité française. Une identité se signale par des caractères qui marquent l'être et donc son comportement et qui font que l'on est soi. Soi, en l'occurrence, c'est être français, c'est appartenir à la nation France. Pas à une ethnie, soit. Mais il convient de garder la clarté du langage. Le mot “identité” ne recouvre pas n'importe quelle notion. Son étymologie indique la permanence de l'être : idem. L’identité ne se conçoit que dans la continuité: elle est métaphysique et historique. Il s'agit des personnes, de leur vocation, de leur communauté d'appartenance et de destin. Ou bien ce mot ne veut rien dire.
Et donc si la question de l'identité nationale se pose, c'est que la France est atteinte et dans son être et dans sa continuité. Les Français, du coup, pareillement. Voilà ce que Sarkozy aurait du dire et qu'il n'a fait que suggérer. Et telle est la raison pour laquelle la question devient prégnante: elle est vitale et elle s'impose à tous les Français et de plus en plus, du moins à ceux qui se sentent encore français. Ce n'est même pas affaire de sondages et il ne s'agit nullement d'une prétendue lepénisation des esprits. C'est tout simplement un fait: les Français ont le sentiment que leur identité leur échappe; les étrangers qui viennent chez elle éprouvent ce même sentiment, pour eux. Le malaise d'identité est toujours grave: tous les psychiatres le savent.
Alors, le tout premier point de la question qu'il convient de régler, n'est pas d'exiger de l'immigré dont on annonce dans la même phrase qu'il va nous rejoindre, qu'il adhère à l'identité nationale, qu'il doit aimer la France et la respecter; il est plutôt, avant même de parler d'immigration, de définir ce qui fait l'être français et comment cet être français s'est inscrit dans la durée, dans 1a permanence d'une civilisation qui, traversant les âges, a gardé précisément son identité malgré les modes divers de son expression. Cette simple affirmation suppose de connaître cette identité et de l'aimer. II convient donc au premier chef que la France se connaisse elle-même, s'aime elle-même ; que les Français se connaissent eux-mêmes et s’aiment eux-mêmes dans ce qu'ils ont été, dans ce qu'ils sont, dans leurs œuvres, celles qui correspondent le mieux à leur génie. Charles Maurras, à la fin du XIX' siècle, avait déjà vu ce que les hommes politiques ne voyaient pas, que la France, à force de renier son histoire, sa pensée, sa littérature, ses arts et son génie propre, en arriverait à perdre son identité. Il incitait les jeunes Français à retrouver le goût de leur tradition vivante et vraie où ils puissent puiser des forces pour construire leur avenir national. Des chroniques de ses premiers combats intellectuels et philosophiques, il avait fait un livre au titre évocateur: “Quand les Français ne s'aimaient pas” que le président Pompidou cita mais avec une erreur d'interprétation: ce n'était pas que les Français ne s'aimaient pas entre eux, c'était qu'ils ne s'aimaient pas eux-mêmes, première condition de la vie, de l'identité. Et, en effet, la première des charités est de s'aimer soi-même, dans l'ordre et pour le bien, et c'est la condition même de l'amour des autres. Le précepte surnaturel de l’amour du prochain ne prétend pas pulvériser l’ordre naturel qui commence par un amour bien entendu et régulier de soi-même, il le parfait
II est dommage que nos politiques ignorent tout de ces aphorismes de saine philosophie et de judicieuse théologie: ils y gagneraient dans leur compréhension des problèmes politiques. Non seulement ils ignorent les faits, mais ils ne savent pas les interpréter. Dans leur confusion, savent ils même penser, puisque penser, c'est distinguer. medium_drapeau.jpg
L’IDENTITÉ, AMOUR DE SOI
Toujours est-il que la France n'est pas du n'importe quoi. Le Français se doit d'aimer la France, son histoire, sa civilisation, ses traditions, ses familles, ses arts, ses productions, ses paysages, ses villages, ses villes, sa religion constitutive, même s'il n'en est pas, ses églises, ses châteaux et jusqu'à ses moindres toits de chaumières. Les poètes l’ont dit sur tous les tons tristes et joyeux. Pourquoi ne pas commencer par le dire aussi et jusque dans les sphères officielles pour que ça se sache et d'abord sur les bancs de l'Éducation nationale et ensuite dans les beaux quartiers méprisants pour que les banlieues commencent à saisir que la France a une identité? Et que c'est un saint et facile devoir qui rapporte infiniment plus qu'il ne coûte, de l'aimer avant tout, sinon plus que tout.
II est heureux d'entendre des voix comme celles de Max Gallo et d'A!ain Finkielkraut reprendre cette antienne nationale qui ne se chantait plus. II est sûr qu'il s'en élèvera de plus en plus, de ces voix, et venant de personnes qui, peut-être, en raison même de leurs origines, savent mieux le prix de la France et éprouvent plus justement la grâce d'être français. Qui, mieux que ces fils de bourgeois repus qui, pour réussir leurs grands concours, ont, sur le plan des idées, renié tous les éléments constitutifs de leur être, préférant s'asservir au régime pour en vivre et en exploiter les ressources.
Il était beau de voir Léopold Sedar Senghor au soir de sa vie pénétrer sous les voûtes lumineuses de Saint-Étienne de Caen, la célèbre abbaye aux hommes fondée par Guillaume le Conquérant, dont il aimait la pure et noble spiritualité romane, son antiphonaire a la main, s'apprêtant à. chanter les vêpres en latin, ce qu'il goûtait plus que tout. Car tel était Senghor à la fin de sa vie - et ne pas le dire, c'est ne rien comprendre à ce qu'il a été -, fervent admirateur de toutes ses origines, romaine, latine, française et. bien sûr, sénégalaise, lui qui était un prince du Sénégal et qui avait été un chantre de la négritude.
Est-il vrai que nos hommes politiques, ceux qui exercent les plus hautes fonctions dans notre pays, n'ont jamais ressenti le moindre mouvement de ce qui animait un Senghor? Il paraît qu'ils l'avouent, non comme la confession d'une faute, ou d'un manque, mais plutôt comme la secrète manie qui les a titillés toute leur vie et dont ils se félicitent à la manière de petits goujats : ils s'ennuient avec la France qui n'est pour eux qu'une figure de rhétorique politicienne ; l'art français les assomme, la romanité les fatigue, la Grèce les dégoûte. Ils sont tout affriolés par ce qui est étranger, ce qui s'est fait, se fait loin, très loin, le plus loin possible. Et ils pensent que c'est cela avoir l'esprit universel! Si encore il s'agissait de vrais aventuriers, comme il en a toujours existé, et qui donnent leur vie à ces exotiques appétits pour étendre les connaissances et renouveler les conceptions de la vie et des arts, mais même pas: non, ce n'est qu'un discours qui n'exprime que la plus plate pensée où plus nen ne vaut rien à force d'affirmer que tout vaut tout.
LE VRAI PROBLÈME FRANÇAIS
Le problème des dirigeants français et des prétendus “conducteurs” de l'esprit français - car ils se font nos moralistes, nos exégètes et nos définisseurs de dogmes - n'est autre que le problème de leur République, ce mot qu'ils ont toujours à la bouche comme une invocation sacrée et qu'ils emploient comme le synonyme de France. Comment résoudre le problème de l'identité nationale avec ce mot qui signifie, chez nous, exactement le contraire de l’identité? Sauf à entendre, comme certains le font, le mot République selon son étymologie, et dire qu'il s'agit de l'Etat, mais alors, comme Bodin, comme tous nos légistes d'autrefois, comme les meilleurs esprits d'hier et d'aujourd'hui, i1 convient d'affirmer que cette République ne saurait être garantie que par un roi.
Sinon, historiquement, la République s'est présentée et se présente en France comme une rupture: elle est donc le contraire de la continuité. Elle est une abstraction, c'est-à-dire un refus de l'histoire que, d'ailleurs, elle condamne et dont elle ne se sert que pour condamner. L'affirmation de son être est une négation. Elle se substitue à la France pour en nier l'existence. Elle est le rejet de l'identité ; elle est tout et elle n'est rien; elle ne connaît que des individus mais elle ignore les personnes. Voilà sa réalité métaphysique et politique. Un vide! Adhérer à cette prétendue identité, c'est adhérer à un néant, c'est s'engager dans une rupture, c'est croire en rien, le rien se prenant pour Dieu et mettant sa vacuité au-dessus de Dieu.
Cette République peut se consoler en se disant qu'après tout les problèmes d'identité et de flux migratoires se retrouvent partout et quelles que soient les formes de gouvernement. Mais qu'elle ne prétende pas trouver en elle-même une réponse: elle n'en a pas.
Créer un ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale n'ajoutera qu'une administration supplémentaire à toutes celles qui existent et qui compliquent les problèmes au lieu de les résoudre. Sarkozy, ce faisant, a eu le mérite de poser le problème dans son ampleur, mais, si l'on veut être logique et aller jusqu'au bout, la première et bonne réponse qu'il conviendrait d'apporter au chaos actuel, ce serait d'avoir le vrai courage de redonner un sens à l'histoire de France, donc d'avoir un État qui inscrive dans la durée l'identité nationale. L'idée vient naturellement: pourquoi le chef de l'Etat en sa personne n'exprimerait-il pas cette identité ? Certes, tous les problèmes ne seraient pas résolus, et vraisemblablement loin de là, mais la France disposerait du premier élément d'une réponse.
II est de bon ton dans les débats actuels sur la nation de citer Renan. Eh, que ne le cite-t-on dans les plus belles pages de sa “Réforme intellectuelle et morale”? II a tout prévu des échéances républicaines auxquelles nous sommes confrontés aujourd'hui et il avait posé ce diagnostic clair et net: “Le jour où Ia France coupa fa tête à son roi, elle commit un suicide”. N'est-ce pas le pire crime contre l'identité nationale ?

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