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lundi, 14 mai 2007

SARKOZY ET LA FRANCE

Hilaire de Crémiers donne, dans le “Politique Magazine” du mois de mai, son analyse de la campagne présidentielle qui vient de se clore: il y voit la réapparition dans les discours publics des deux principes fondateurs de la France : le principe national et le principe religieux. Ce renouveau correspond à une attente réelle dans le pays.
Certains y voient une "droitisation", d'autres davantage la chute de l'étau du politiquement correct à la française. Cependant, tout peut être englouti par le système tel qu'il existe. Et Hilaire de Crémiers insiste en avertissant le président élu : "il lui faudra sortir des ambiguïtés auxquelles le condamne le système... Et qu'il ne remette pas ses pieds dans le système qu'il a dénoncé, en reprenant ses discours les moins bons et ses propositions dites républicaines."
Nous vous donnons ci-dessous le texte de l'analyse de Hilaire de CRÉMIERS.
Un exemplaire gratuit de "Politique Magazine" peut vous être envoyé sur simple demande à: fedroyprov@club-internet.fr


“ET PAR-DESSUS TOUT VIVE LA FRANCE!”
Voilà un «par dessus tout” qui pourrait dire beaucoup et presque tout.

Au moment au s'écrit cet article, il y a tout lieu de penser que Nicolas Sarkozy sera élu. Si ce n'était pas le cas, il faudrait vraiment craindre pour la France: une coterie hétérogène de gens sans vergogne s'emparerait du pouvoir et Ségolène Royal aurait beau parler “d'ordre juste”, ce ne serait qu'un mot qui couvrirait la réalité des pires désordres. medium_Politique_Magazine_mai_2007.jpg
Et maintenant que faudrait-il faire ? La campagne électorale a agité beaucoup d'idées, mais a-t-on remarqué qu'il ne s'agit toujours que d'idées de détail, de mesures fragmentaires, d'annonces pour faire croire que les problèmes qui inquiètent les Français seraient pris en compte. C'est oublier que ces problèmes ne sont tous que des conséquences. La France souffre de désordres qui sont dus en grande partie aux faux principes qui guident son esprit public, sa législation, sa vie politique et sociale ; il n'y a pas à s'étonner d'en payer les suites. C'est donc aux principes qu'il faudrait remonter. Est-ce trop demander aux hommes politiques? Le mot “valeurs” qu'on emploie à tort et à travers, est insuffisant: il est vague et inapproprié. Terme repris à l'économie, transplanté en morale, il évite de traiter les questions de fond qui sont toujours des questions de principes. Il est à noter, d'ailleurs, que le Pape Benoît!t XVI n'utilise le mot “valeur” précisément que pour introduire pédagogiquement une réflexion sur les éléments fondamentaux de toute pensée cohérente.

Aujourd'hui, c'est sur les principes que se joue le sort de la France. Quelle est la personne sérieuse, quelle que soit sa place sociale, qui ne le sente? Comment expliquer autrement un certain discours tenu par les candidats, un certain ton qui fait qu'il a été possible de parler de “droitisation” de la campagne électorale? Derrière ce mot jeté dans la bagarre par les agitateurs médiatiques pour effrayer l'opinion et jouer de sa pusillanimité, apparaissent, en ombres portées, les principes qui sont les seuls garants de l'existence de notre société et que s'efforcent de repousser, de rejeter tous les partisans de la décomposition, de la dissolution, de la démoralisation, de la destruction, maîtres aujourd'hui, sous des couverts culturels et socio-politiques, de notre société. Et, évidemment, qu'ils en ont peur de ces principes! Leur apparition pourrait annoncer la fin de leur règne usurpé, de leur fausse morale, de leur trompeuse sagesse, de leur culture qu'il qualifie d'humaniste, parce qu'ils ignorent le véritable humanisme, et qui n'est faite que du mépris de tout ce que nous sommes.

LE PRINCIPE NATIONAL

Or, voici que le premier principe qui surgit de manière évidente dans l'aujourd'hui des combats politiques, c'est le principe national. La France est une nation, c'est-à-dire une société historique dont l'unité façonne, une communauté de destin pour tous ceux qui ont le privilège d'y être nés ou agrégés. De plus en plus instamment, les Français demandent à être considérés comme français, protégés, défendus comme tels, aidés, soutenus, valorisés en raison de cette qualité. Tous les candidats, en dépit de toutes les idéologies, ont joué sur ce sentiment fort. Sarkozy s'est rattaché à Jeanne d'Arc - quoi que l'on pense par ailleurs et il n'a gagné des voix sur Le Pen qu'en tenant un discours national; et Le Pen les a perdues parce que, pour une raison ou pour une autre, il a paru moins apte à promouvoir cette voie nationale. Philippe de Villiers, qui a fait une campagne énergique, n'a pas eu le succès correspondant pour la simple raison que le système du discours électoral et des manœuvres qui y sont liées, rendent quasi inaudibles les propos les plus fermes qui peuvent être tenus: ce n'est que la victoire acquise qui rallie les opinions versatiles.
Bayrou ferait bien de se méfier de son apparente réussite, car il n'a jamais touché les profits d'une campagne menée hors des sentiers battus; il n'a fait que parler contre le système et c'est ce langage qui a plu au premier tour. Or, ce système, il en a vécu et il ne cherche en réalité qu'à le réintégrer en envisageant lui aussi son parti, qui sera le parti du chantage à la droite et à la gauche, au par-devant et au par-derrière selon les opportunités et les vents qui passent. Mais il devrait songer que son “anti-système”, son “ni droite-ni gauche” n'a de justification que parce qu'il présuppose justement le principe national: les Franc;ais -quels qu’ils soient- n'en ont assez du système que parce qu'ils estiment que la France vaut que ce système, mécaniquement électoraliste, de division permanente et au fond inutile, surtout appliqué à la plus haute fonction. Bayrou le comprend-il ? Est-il seulement capable de le comprendre ? Sinon, son “truc” s'effondrera. Il se croit astucieux, mais “qui cuide engeigner autrui, souvent s'engeigne lui-même”. Le système se refermera sur lui. Très bientôt.
Ségolène a, elle aussi, chanté d'une voix de fausset la chanson nationale, agité les petits drapeaux tricolores et entonné “La Marseillaise” que son colonel de père lui avait apprise au temps de son enfance que chacun sait très malheureuse: il suffit de la voir pour saisir d'un coup qu'elle prend une revanche! Son amour de la France ne parait être qu'un amour sublime d'elle-même : ce n'est pas trop difficile, puisqu'elle s'identifie à cette France dont elle ose dire que si sa petite personne est présidente, ce ne sera rien d'autre qu'elle, cette France, qui sera présidente. Et ça peut prendre électoralement ! A preuve!
Il n'est pas jusqu'aux petits candidats de l'extrême-gauche qui ne se la sont jouée à la nationale sur les thèmes de l'intérêt des Français. des équilibres des territoires nationaux, des droits protecteurs, mais tout cela mêlé de billevesées libertaires, égalitaires au prétendument “fraternitaires” qui ne cachent que des comportements d'individualisme exacerbé. Que représente tout cela, franchement ?
La France ne saurait être l'objet de ces discussions interminables et oiseuses. Quelles logorrhées au cours de cette campagne ! Pour tout esprit honnête, indignes de la France. Il en ressort, à l'évidence, - et quel que soit l'élu - que la France mérite mieux que le régime des partis. Chacun en convient, pour peu qu'il réfléchisse, en son privé. Les candidats eux-mêmes ont dénoncé ce régime publiquement, en affirmant que la France ne saurait être accaparée par le régime des partis. Alors ? Si c'est si clair, comment se fait-il que jamais on ne tire une conséquence institutionnelle de ce qui apparaît comme une vérité d'expérience. Le système l'emportera-t-il toujours sur le principe national ? Grave question que doit se poser, et maintenant de façon instante, tout politique français qui a le souci vrai de l'intérêt national.

LE PRINCIPE RELIGIEUX
Deuxième principe qui a porté son ombre salutaire sur toute cette campagne: le principe religieux. Les impies, d'ailleurs, en frémissent, à défaut d'en ricaner. Mais voilà: la République a cru pouvoir se passer de religion, en débarrasser tout l'espace public. ce qui aboutissait finalement - et c'était voulu - à l'évacuer aussi comme force sociale de la conscience privée. Les apôtres et les adeptes de cette République hypostasiée pensaient qu' elle était en elle-même un heureux substitut de Ia religion, une forme supérieure de vérité métaphysique et politique capable de justifier des règles sociales, de faire accepter des conduites morales, de susciter des dévouements, de suggérer des oblations. Eh bien, il n'en a rien été ; il n'en est rien. Même si l'Eglise de France est entrée quelque peu dans le jeu, ce qui aurait dû faciliter les choses, le résultat est là. Désastreux Pour tout le monde. Et chacun sait que la gît le vrai problème, même si personne n'ose concrètement l'aborder. Et c'est dangereux de ne pas l'aborder, car du coup le fanatisme peut s'en emparer, et de toutes les formes. Et de toutes les religions.
En France, sans religion fondamentale, qui est la religion catholique gallo-romaine, la morale civique ne tient pas, la morale familiale non plus et la morale tout court s'effondre. C'est ainsi. Qu'est-ce que “l'ordre“, “l'ordre juste” de madame Royal, sans religion, sans le Dieu personnel et incarné des chrétiens? Où madame Royal a-t-elle bien pu prendre cette notion, sinon dans la religion de son papa et, en tous les cas, de sa famille, de son Église, de son pays qui l'a faite tout ce qu'elle est, même si, pour un motif au un autre, elle a prétendu s'en affranchir, comme la plupart de ses autres comparses. Sans ce soubassement originel, il faut dire tout net qu'il n'y a pas “d'ordre juste” et l'on ne voit pas pourquoi il faudrait accepter “l’ordre juste” de madame Royal qui est tout aussi “injuste” que n'importe quel autre de même acabit. Quelle est l'autorité de madame Royal pour le définir, s'il vous plaît? Et quelle est l' autorité de la République? Personne ne peut répondre à cette question. Personne. Pourquoi faudrait-il travailler ? Pourquoi faudrait-il considérer le travail comme une valeur? Pourquoi vaudrait-il mieux être honnête que malhonnête ? Pourquoi respecter le bien d'autrui ? Et la vie? S'il vous plaît, pourquoi? Pourquoi le petit gars de banlieue doit-il croire que posséder appartements et maison sans souci financier, être en ménage sans se marier, avoir des enfants sans fonder une famille appartiennent aux règles de “1'ordre juste” ? Parce que madame Royal l'aurait décrété ! Mais de quel droit? II n'y a aucune réponse. N'est-ce pas profondément injuste ? Et, franchement, lequel des hiérarques de la Sociale a-t-il donné l'exemple d'un dévouement oblationnel qui force l'admiration, jusqu'à ouvrir aux sans-logis des appartements qui sont leurs et qui donnent sur les plus beaux quartiers de Paris? N'est pas saint Vincent de Paul qui veut ! C'est si clair qu'à défaut de religion dont ils ne veulent pas, même socialement, ils s'ingénient à sécréter, en substitution, une sorte de religiosité républicaine du dernier “cucu”, d'instituer une morale de quatre sous et de promouvoir une mystique d'estaminet.
Sarkozy, du moins, a senti cette question religieuse fondamentale à laquelle est liée toute notre histoire ; il l'a dit dans son discours de Rouen en des termes qui ne devraient pas tromper. “Si l'on ne parlait plus de Jeanne d’Arc, c'est parce qu'il était presque impossible de parler de la France. Ou peut-être parce que l'on avait pris tellement l'habitude de la dénigrer qu'il était devenu impossible d'invoquer celle qui lui avait donné son plus beau visage ...” Et le candidat a même parlé du “sacrement de Reims" qui fut la raison d'être de Jeanne. Il a rappelé, ce qui est une évidence que la République nie, les “2000 ans de christianisme, 2000 ans de civilisation chrétienne “. Paroles de candidat ... ou paroles d'un futur chef de l'Etat, de cet État français en décomposition et qui n'attend pour se relever qu’à retrouver ses principes fondamentaux : le principe national, le principe chrétien?
La question à laquelle va se heurter Sarkozy s'il est élu président - et même s'il n'est pas élu, car il lui restera un parti à diriger -, c'est qu'il lui faudra sortir des ambiguïtés auxquelles le condamne le système. Il lui faudra faire des choix qui seront déchirants. II réclame la clarté et il a raison. II y a dans son enthousiasme, même s'il paraît très personnel, une force qui rassérène et mobilise. A condition qu'il ne déçoive pas. Donc à condition qu'il ne soit pas immédiatement récupéré par le système dont, d'ailleurs, plus personne ne veut. Bref, il faut souhaiter que ses discours les meilleurs ne soient pas que des mots, des mots de candidat. Et qu'il ne remette pas ses pieds dans le système qu'il a dénoncé, en reprenant ses discours les moins bons et ses propositions dites républicaines.
Certes, il prétend à la République, puisqu'il est candidat et peut-être demain chef de l'Etat, mais il précise que ce qui l'intéresse, ce n'est pas son parti, ce n'est pas le système: c'est la France et toute la France. Gageons que voilà défini son drame de demain. Il peut y avoir du tragique dans le destin de Nicolas. Le pressent-il ? N'a-t-il pas conclu son discours de Rouen par ces deux propositions qu'il a répétées à plusieurs reprises comme une forme de programme aux thèmes antinomiques: “Vive la République! Et, par dessus tout, vive la France!”. Ce “par dessus tout” ne peut avoir qu'un seul sens. Et son drame tient dans le sens précis de ce “par dessus tout”. Il faut espérer que ce drame aura l'heureux dénouement conforme à notre histoire, conforme à l'histoire de Jeanne.

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