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vendredi, 15 février 2008

LE RETOUR DES NATIONS

LE RETOUR DES NATIONS
(éditorial du numéro 60 de "Politique magazine")
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Mondialisation, globalisation, village planétaire, tels étaient les mots d'ordre assénés toutes ces dernières années comme des constats d’évidence par une propagande insistante et insidieuse. Le discours millénariste offrait l'utopie mondialiste comme un fait incontestable, incontournable. Or, voilà que le discours politique est obligé de changer. Une autre réalité s'impose au sein même des phénomènes de mondialisation: la réalité nationale. Il était naïf de croire que la mondialisation des échanges allait effacer d'un seul coup toutes les frontières, non seulement commerciales, mais politiques.


Désormais, la gouvernance mondiale et la démocratie planétaire apparaissent de plus en plus pour ce qu'elles sont: des rêves d'unité du genre humain qui virent à la Tour de Babel. Des mots oubliés, comme indépendance, souveraineté, intérêt national, légitimité, enracinement, réapparaissent dans leur nécessité prégnante.


Les Etats réaffirment leurs pouvoirs en tous domaines. Pas question de se laisser faire. Les accords conclus doivent être gagnants. Les nations d'Europe de l'Est, embrigadées il y a encore à peine 20 ans dans le Comecom, du temps de !'URSS, se tournent vers l'Union européenne dans la mesure où elles y voient une garantie pour leur liberté recouvrée, mais n'ont que faire de la technocratie bruxelloise qui prétend tout régenter : elles le diront de plus en plus.


Les pays, les uns après les autres, reprennent le contrôle de leurs richesses naturelles, de leur stratégie économique, de leur diplomatie, tout simplement de leur politique. La Russie en est l'exemple; les pays d'Amérique latine pareillement; la Chine ne connaît pour règle que la réussite de son développement; les pays d'Asie, placés sous la tutelle du FMI lors de la crise de 1997, rejettent aujourd'hui violemment ce genre de sujétion. Les pays africains, du moins ceux qui s' en sortent et qui ne sont pas affectés par les effroyables crises des luttes intestines, affichent la même volonté.


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Les pays producteurs de pétrole et de matières premières veulent en toucher les revenant-bons et investir dans des industries d'avenir. Telle est la réalité d'aujourd'hui. Il semblerait même que les Etats-Unis, confrontés à l'anarchie en Irak ou en Afghanistan, puissent finir par apprendre qu'il y a pire qu'un Etat trop puissant: c'est l'absence d'un véritable Etat de droit, spécifique au pays concerné et en ordre de marche. Il n'existe pas de recette universelle qui se puisse plaquer indifféremment sur chaque peuple particulier.


La globalisation entraîne des réflexes d'autodéfense. C'est normal. L’insatiable appétit des fonds souverains, venus notamment d'Asie ou du Moyen-Orient, inquiète les chefs d'Etat européens. Il est vrai que, avec leurs 3.390 milliards de dollars, ils pourraient s'offrir toutes les sociétés françaises cotées à Paris. L'Allemagne, la France, les autres pays européens entendent prendre des mesures de protection pour éviter de voir leurs entreprises stratégiques passer sous la coupe d'Etats étrangers. Il s'agit de défendre sites et atouts industriels, et les populations qui en vivent et dont les gouvernements ont la charge.


Si certains avaient pu rêver au cours des vingt dernières années d'entreprises sans territoire, sans lien avec un Etat ou une nation, la réalité du monde d'aujourd'hui crève de toutes parts ces conceptions chimériques. Les actuels soubresauts boursiers et les agissements voulus ou subis dans les systèmes bancaires - comme ce qui vient d'être révélé à la Société Générale - ne font et ne feront que confirmer la nécessaire et implacable loi de vitalité politique, au risque de périr. Oui, la décision politique reprend toute sa place. Une grande question revient à l'ordre du jour de manière pressante, celle des modalités d'un néo-protectionnisme national, voire européen, en opposition radicale avec l'OMC et les traités européens signés ou à ratifier. C'est ainsi. Qui ne voit cette contradiction? Elle va éclater de plus en plus dans les mois à venir: il faudra choisir.


Face aux nouvelles menaces de tous ordres qui risquent de s'abattre sur la planète, il apparaît qu'un Etat en pleine possession de sa souveraineté, de son territoire et de ses lois, demeure la réalité protectrice suprême pour un peuple qui entend demeurer libre.

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