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mercredi, 02 juillet 2008

Collobrières fait de la résistance

Le site du périodique "Le Courrier international" publie un article paru dans "The New York Times". Il révèle que le village varois de Collobrières utilise de nouveau le franc comme monnaie, comme dans certaines autres localités. Au-delà de l'aspect anecdotique, ce fait montre la méfiance des Français à l'encontre d'une Europe abstraite et éloignée des inquiétudes réelles des populations.
Nous reproduisons ci-dessous le texte de l'article.image003.jpg


Euro ? Vous avez dit euro ?

Au moment où la France prend la présidence tournante de l'UE, les habitants d'un petit village provençal ont choisi de revenir au franc. Une façon de montrer que l'idée européenne reste pour beaucoup un concept bien abstrait.

Selon Christine Amrane, ce n'est pas tant une question de contestation ou de nostalgie que de profit. Les commerçants de son village de Collobrières, au fin fond de la Provence, ont décidé de revenir au franc - sans abandonner l'euro -, et le retour des anciens billets à l'effigie des gloires nationales pousse les habitants à la réflexion. "Nous avons perdu quelque chose en perdant le franc, affirme Christine Amrane, maire de Collobrières depuis 2001. Nous avons perdu une identité. Nous sommes allés très vite avec l'Europe, trop vite peut-être." Au même titre que l'ouverture des frontières, l'introduction de l'euro en 2002 a été saluée à l'époque comme une étape majeure vers la construction d'une Europe unie. Mais les nouveaux billets illustrés de figures abstraites représentant des ponts ou des bâtiments, sans aucun portrait de personnalité morte ou vivante, restent aussi anonymes que les bureaucrates qui dirigent l'Europe.
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Nathalie Lepeltier, 39 ans, est boulangère. C'est elle qui a eu l'idée de revenir au franc pour inciter les gens à consommer plus. "L'euro a rendu la vie chère, les prix sont beaucoup plus élevés", dit-elle. Que cela soit vrai ou non, tout le monde est persuadé que l'euro en est responsable. "Les gens ont perdu la notion de la valeur de l'argent avec l'euro. Ils se rappellent les prix en francs et ils sont stupéfaits de voir l'augmentation du coût de la vie lorsqu'ils paient en francs aujourd'hui", ajoute-t-elle. Le récent vote négatif de l'Irlande sur le traité de Lisbonne a apporté son lot de critiques et de lamentations sur le "déficit démocratique" de ces institutions européennes déconnectées des citoyens. Mais les Irlandais ne sont pas les seuls à avoir ders doutes quant aux moyens de construire une Europe à la fois efficace et démocratique.

Le non irlandais est également un sérieux revers pour le gouvernement français, qui assume à partir du 1er juillet la présidence tournante de l'Union européenne (UE). Le président Nicolas Sarkozy ne manque pas d'idées sur la manière de faire avancer l'Europe. Mais, après le rejet irlandais, la France va devoir passer une bonne partie de son temps à gérer la crise interne de l'UE. "Je suis une Européenne convaincue, mais je suis quand même gênée aux entournures, explique Mme le maire. Il n'y a pas encore vraiment d'identité européenne. Il nous faut plus de temps." La Banque de France va échanger jusqu'au 17 février 2012 les derniers billets en francs à avoir été émis. Quant aux pièces et aux vieux billets, maintenant sans valeur, ils ne sont plus acceptés. "Nous sommes des commerçants, pas l'armée du salut", fait valoir Mme Lepeltier.

Sur la place du village, les clients du Bar de la Mairie, située en face de l'hôtel de ville, ne sont pas vraiment en colère contre l'Europe, ils sont surtout perplexes. Aurélien Autran, 29 ans, ne se soucie guère du franc. "Les vieux, peut-être, concède-t-il, évoquant sa grand-mère qui pense en "anciens" francs, les convertit en nouveaux francs, puis, lentement, en euros. Il aime l'euro parce qu'il peut se rendre en Espagne et acheter des cigarettes et de l'alcool. Pour ce qui est des Irlandais, dit-il, "ils ne savent même pas ce qu'il y a dans le traité, alors bien sûr ils ont voté non". Ont-ils eu raison de le faire ? M. Autran répond judicieusement : "Enfin, je ne sais pas non plus ce qu'il y a dans le traité, alors je ne peux pas dire."

Un jeune homme assis à une table, non loin de là, lance : "C'est quoi, Lisbonne ?" Un autre de répondre : "Ça, c'est l'astuce de Sarkozy, l'Union de la méditerranée." Quand on lui dit que Lisbonne est quelque chose d'autre, l'intervenant se gratte la tête et demande : "Maastricht ?", citant un traité européen antérieur. Le propriétaire du bar, Frédéric de Kersauson, 42 ans, a arrêté de prendre les francs en mai 2008, et il en a plus qu'assez de toute cette histoire. "Les gens venaient ici avec 500 francs et me commandaient un café, raconte-t-il. Cela ne valait pas le coup. Le franc est mort."


Steven Erlanger
The New York Times

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