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lundi, 18 janvier 2010

Pour préparer notre soirée du 21 Janvier... (2/3).

            Tandis que nous entourerons le Prince et la Princesse, nous pourrons, tous ensemble, en ce lieu si chargé d'histoire et si symbolique qu'est notre Vieux-Port, replonger dans nos Racines et nous remémorer d'où nous venons....

            - La première de ces Racines, c'est bien évidemment notre racine celtique, ou gauloise, comme on voudra. Au VIème siècle avant Jésus-Christ, les Salyens, nos premiers ancêtres connus, peuplaient la zone cotière sur laquelle allaient débarquer les Grecs. On ne connaît pas avec certitude l'origine exacte du nom Marseille, mais beaucoup penchent pour y retrouver, justement, le nom de ce peuple des Salyens...

MARSEILLE VIEUX PORT.jpg
26 siècles d'Histoire: nos Racines.....

             - Sans minimiser le rôle et l'importance des Celtes, ou Gaulois, les Salyens, il est néammoins clair que ce dont on se rappelle le plus spontanément, à leur sujet, c'est précisément leur alliance et leur fusion -même si elle connut ses moments orageux...- avec les Grecs, venus de Phocée, en Asie Mineure.
             Voici le récit de Trogue Pompée, cité par Justin (Histoires Philippiques, XLIII):

             "Or justement, ce jour-là, le roi était occupé à préparer la noce de Gyptis, sa fille, que selon la coutume de son peuple, il se préparait à marier par choix d'un gendre pendant le festin. Et, puisque tous les prétendants avaient été invités aux noces, on convia aussi aux banquets les hôtes grecs. Ensuite, la jeune fille fut introduite, et comme son père lui avait ordonné de proposer l'eau à celui qu'elle choisirait pour mari, elle délaissa tous les autres, se tourna vers les grecs et proposa l'eau à Protis, qui d'hôte devint gendre et reçut de son beau-père un lieu pour fonder une ville."

              Frédéric Mistral raconte l'origine de Marseille dans le chant IV de Calendal :

             Lou pichot rèi dou pople Sàli / Nan, benesis lou vènt gregàli, / E baio, dous prèsent, sa fiho pèr mouié / Au jouine Protis de Foucèio; / Marsiho espelis: la sadrèio, / Lou sourne pin, fan plaço i lèio / De figo e de rasin, de nerto e d'oulivié.
             Le petit roi du peuple Salyen/ Nan, bénit le vent grec, / Et donne, doux présent, sa fille pour épouse / Au jeune Protis de Phocée; /Marseille éclot: la sarriette, le sombre pin, font place aux allées de figuiers et de vignes, de myrtes et d'oliviers.
massakia lakaidon.jpg
La calanque naturelle, baptisée Lakaïdon par les Grecs...
            Le ponton de la Nautique est ammarré en plein milieu du Lacydon, le Lakaidon des Grecs, ce petit cours d'eau qui descendait autrefois depuis le haut de la Canebière, et venait se jeter dans la mer dans cette calanque, à laquelle les Grecs ont donné son nom, l'appelant Lacydon, et que nous appelons aujourd'hui Vieux-Port. Avec les deux mots qui désignent notre ville aux autres, Phocée et Lacydon, nous gardons bien vivantes, nous autres Marseillais, la réalité de nos origines Grecques: Phocée, bien évidemment, c'est Phokaia, la ville des phoques et Lacydon, ou Vieux-Port, c'est donc ce petit fleuve côtier, le Lakaidon, qui, par parenthèse, a également donné son nom à la Canebière, le lieu des roseaux, des cannes, qui poussaient sur ses bords humides....
            - Notre troisième Racine majeure, c'est évidemment Rome. Avec Rome, Massalia des Grecs devient Massilia, mais elle va illustrer, dans l'ordre du politique, la fameuse maxime "Eadem velle, eadem nolle, ea est vera amicitia".Contre les Carthaginois, d'abord, puis contre les Cimbres et les Teutons, avec Marius, ensuite, les Massaliètes et les Romains auront les mêmes ennemis et refuseront les mêmes choses: ils seront tout naturellement portés à s'allier, puis à fusionner.
             Pour avoir une idée du caractère heureux et bénéfique de cette fusion, il suffit de se rapporter aux auteurs de l'Antiquité.
             Les deux plus anciens témoignages sur l'importance de la ville dans l'Antiquité sont l'ouvrage d'Aristote (malheureusement perdu) sur la république de Marseille, que Strabon a par ailleurs longuement évoquée, et l'édition massaliète des poèmes homèriques.
massalia maquette.jpg
Maquette de la Massalia antique, Musée d'Histoire
             Puis Cicéron, dans le Pro Flacco, adresse deux éloges à la ville: "Je ne t'oublierai pas, Marseille, dont la vertu est à un degré si éminent que la plupart des nations te doivent céder, et que la Grèce même ne doit pas se comparer à toi." et aussi "Je ne t'oublierai pas, ô Marseille, toi qui surpasse en sagesse et en science non seulement la Grèce mais je dirais tous les peuples de l'univers. Toi qui es si bien gouvernée par le Conseil de tes principaux citoyens et dont il est plus facile de louer les lois que de les imiter". 
             Quant à Tacite, il se félicite que son beau-père, Agricola, ait passé une partie de sa vie à Marseille "où la politesse grecque est heureusement unie à la simplicité et à l'économie de la province".

            Pour Tite live, "Marseille était aussi polie que si elle avait été au milieu de la Grèce". Pour Pline, c'est "la maîtresse des études" et, revenons à Cicéron, c'est "l'Athènes des Gaules".

            Dans le De Officiis(8), Cicéron raconte que, lorsque l'on vit à Rome le Triomphe de Jules César et l'image de Marseille "...tout le peuple romain plaignit le sort de cette ville fidèle et, quoique chacun eut à déplorer ses propres malheurs, il n'y eut personne qui ne prit part à l'infortune de Marseille lorsqu'on vit porter en triomphe l'image de cette ville, sans laquelle aucun de nos chefs n'aurait triomphé au-delà des Alpes...".

            Pétrone choisit Massilia, aux écoles de réthorique réputées, pour composer son Satyricon.....

            Dans l'Antiquité, trois médecins furent réputés à Massalia: Crinas, Charmis et Démosthène le massaliote. Le premier pourrait peut-être être considéré sinon comme le père de la chrono-biologie, du moins comme l'un des tous premiers de ses initiateurs et de ceux qui en ont eu l'intuition. Il réglait les heures des repas et les fonctions physiques de ses malades d'après les tables astronomiques ! Il fut appelé à Rome par Néron, dont il devint le médecin. A sa mort, il fit don de dix millions de sesterces à sa ville pour qu'elle puisse rebâtir ses remparts, dont on voit toujours les restes très émouvants dans le Jardin des Vestiges (ci dessous).

MASSALIA 3.JPG

            Quant à Charmis, il se tailla une solide réputation en propageant l'usage des bains froids en toute saison et devint (pour cette raison ?) l'un des médecins les plus célèbres de Rome.... Quant à Démosthène, anatomiste et oculiste, il eut droit aux plus grands éloges de Galien, qui le cita en louant son savoir..... 

            Ce trop rapide tableau serait bien évidemment incomplet si l'on ne mentionnait pas les deux hardis navigateurs, Pythéas et Euthymènes qui, en s'élançant sur des mers inconnues -au Nord pour le premier (ci dessous), au Sud pour le second- firent progresser la science et les découvertes d'une manière considérable.

MASSALIA 5.JPG

            Pythéas est, du reste, le meneur de la première expédition scientifique connue.

            Écoutons Michel Mourre : "A partir de 325 environ avant J-C il entreprit des voyages lointains qui avaient sans doute pour objet principal de briser le monopole du commerce atlantique détenu par les Carthaginois. Pythéas fut le grand découvreur du nord de l'Europe. Ayant franchi le détroit de Gibraltar, il atteignit l'île d'Ouessant, parvint aux mines d'étain de Cornouailles, fit probablement la circum-navigation de la Grande-Bretagne et, au nord de l'Ecosse, recueillit des renseignements sur une certaine "île de Thulé", laquelle était sans doute la Norvège (ou l'Islande ?, ndlr). D'Angleterre, il retraversa ensuite la Manche et longea les cotes de l'Europe septentrionale jusqu'à la rivière Thanaïs (peut-être la Vistule). Il revint ensuite à Marseille. Pythéas fut aussi un remarquable astronome: il sut calculer la latitude de Marseille à quelques minutes près, observa que l'étoile Polaire n'était pas située au pôle, signala le premier les rapports entre les marées et le mouvement de la lune".

            Sa description de la banquise est restée célèbre :  (du fragment conservé de son Tour de la Terre) : "On n'y voit ni air, ni eau, ni terre, mais seulement un composé de ces trois éléments, tout semblable au poumon marin ; la mer et la terre sont suspendues sur cette substance ; et elle sert de lien à toutes les parties de l'Univers. Il est tout à fait impossible d'aborder en ce lieu-là ni à pied ni sur des vaisseaux…

            Quant à Euthymènes, beaucoup moins bien connu, on sait toutefois qu'il a longé les cotes de l'Afrique, et découvert le Sénégal ainsi que le golfe de Guinée, repoussant lui aussi, comme Pythéas, les limites du monde connu.....

            - Mais avec Rome, aussi, le christianisme s'implanta en Provence, la Provincia, chemin obligé pour essaimer dans tout le monde occidental. Et nous trouvons là, dans notre christianisme bi-millénaire, la quatrième de nos Racines majeures. Nous sommes ici à un jet de pierre de l'écusson fleurdelysé de la mairie de Marseille, sculpté par pierre Puget en personne; mais aussi à un jet de pierre de la Basilique de Saint Victor, berceau du christianisme et du monachisme en Occident. Et de cette extra ordinaire Pierre de Volusianus, qui est le plus ancien témoignage chrétien en Occident, Rome excepté:

SAINT VICTOR VOLUSIANUS.jpg
Dans la Basilque Saint Victor, la pierre de Volusianus:
(SATRI)O VOLUSIANO
(EU)TYCHETIS FILIO
(?)O FORTUNATO QUI VIM
(IGNI)S PASSI SUNT
(HY)GIA PIENTISSIMIS
REFRIGERET NOS Q(UI)
(OMNIA PO)TEST

(A SAT)RIUS VOLUSIANUS
                FILS D'EUTYCHES              
  ET A FORTUNATUS
    QUI ONT SOUFFERT LA VIOLENCE DU (FEU)
  DANS LEUR PARFAITE FIDELITE
(HY)GIA
  QUE NOUS RAFRAICHISSE
  CELUI QUI PEUT TOUT
            Enfin, cinquième et dernière de nos Racines majeures: notre Racine royale. Il serait trop long d'évoquer tous les rois qui ont eu un rapport direct avec Marseille, tel François Premier ordonnant que l'on construsît le château d'If, puis qui vint faire marier son fils, le futur Henri II, par le Pape en personne, dans notre cathédrale de la Major.
            Pour ne citer que deux des ancêtres directs du prince Jean, Henri IV et Louis XIII, Marseille n'oublie pas que c'est Henri IV qui, le 15 avril 1600, par Lettres patentes, a homologué la création de la première Chambre de Commerce de France, fondée par délibération de notre Conseil municipal, le 5 août 1559. Et lorsque la ville se fut enfin libérée de la dictature des Ligueurs, alliés aux Espagnols, et qu'elle revint sous l'autorité du roi de France, le bon roi Henri laissa éclater sa joie, disant même, selon certain, "Maintenant, je suis vraiment roi de France".
            Et son fils, Louis XIII, devait venir chez nous. Lors d'un séjour mémorable, il participa, tout près d'ici, dans nos calanques, à une pêche au thon, et dans la calanque de Morgiou l'on utilise toujours, aujourd'hui, 400 ans après, l'escalier que la prud'hommie des pêcheurs voulut que l'on taillât dans le roc afin de faciliter au roi la descente jusqu'au rivage, et tout le monde aujourd'hui encore, touristes compris, emprunte l'escalier de Louis XIII, qu'il ne viendrait à personne l'idée de nommer autrement...
MORGIOU.jpg
La calanque (ci dessus) et l'escalier de Louis XIII (ci-dessous)
morgiou escalier Louis xiii.JPG

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